Histoire

Témoignage du Commandant André Decelle

... Les parachutes tombent par vagues autour de

nous. C'est magique. Chaque vague était compo-
sée de centaines de parachutes colorés, rouge,

vert, orange, blanc. Quel bruit a été entendu
lorsque les conteneurs ont heurté le sol. Puis les

parachutes ont commencé à tomber plus douce-
ment, une nouvelle vague, une autre, puis une

autre, puis six autres vagues.
La dernière vague, dans une belle fête du 14
juillet, les parachutes étaient bleus, blancs et
rouges.
Il y en avait 431 gisant partout dans la prairie.

Souvenons-nous !

 

Nombre d’entre eux
tombèrent au champ
d’honneur, périrent sous
la torture ou dans les
camps d’extermination
après bien des
souffrances ; nous leur
devons la liberté.


En parcourant la ville de Pleaux à l’heure allemande
et au temps de la Révolution nationale
(10 juillet 1940 – 31 décembre 1944)

Gilles Lévy

Deuxième partie

- « Français, vous avez la mémoire courte ! », Philippe Pétain, « Message aux Français ».
- « Qui ne gueule pas la vérité quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et
des faussaires ! » Charles Péguy, « Lettre du provincial ».

 

 

Le cinéma des années noires

Alors que le gouvernement de Vichy interdit à partir du 15 octobre 1942 de projeter
sur les écrans français des films anglais ou américains, un événement local va se produire en
pleine occupation : le tournage des extérieurs du film « Lumière d’été » de Jean Grémillon

en Xaintrie, au barrage de l’Aigle sur Dordogne, alors en construction.
Après avoir tourné des décors et autres plans à Nice, au studio de la Victorine, c’est
pendant trois semaines, fin 1942 - début 1943, que seront tournés les extérieurs de ce film en
Xaintrie . Les principaux interprètes : Madeleine Renaud, Madeleine Robinson, Georges
Marchal, Paul Bernard, Pierre Brasseur. Madeleine Robinson connaissait particulièrement la
région de Pleaux. En effet, elle avait été placée dans une famille d’accueil (les Delpeuch)

avec son frère Serge Svoboda  , dans une ferme du Cantal au lieu-dit « Dix-maisons », situé à
trois kilomètres d’Enchanet.
Dans son livre autobiographique « Les canards majuscules » au chapitre I « Les
bourrioles » elle écrit : « Aussi Serge et moi avons passé en plusieurs fois deux ou trois ans
dans une ferme du Cantal au lieu-dit Dix-Maisons. Que la vie était rude ! Mais comme les
minuscules plaisirs savaient se muer en grandes joies ! Malgré les difficultés de cette vie j’en
garde un souvenir heureux car tout y était simple et en place […] ».
Elle raconte sa jeunesse à Dix-Maisons, l’école d’Enchanet, située à trois kilomètres,
la venue tous les ans de sa mère qu’on allait chercher à la gare de Loupiac en char à bœufs.
Durant l’hiver 1939-1940, à la demande de son frère René, elle rejoint, le 2 septembre
1939, à Dix-Maisons, sa belle-sœur Moune, leur fils Gilbert âgé de 6 ans et Mémé Pagès, la
belle-mère de son frère. Elle y revient fin décembre 1942 pour le tournage de « Lumière
d’été », après 1945, deux fois encore - dont la dernière en 1974 .
Madeleine Robinson durant l’occupation n’a joué que dans quatre films : en 1942,
dans « Promesse à l’inconnue » d’André Berthomieu, puis la même année dans « La croisée
des chemins » du même réalisateur, en 1943 dans « Douce » de Claude Autant-Lara et enfin
dans « Lumière d’été » de Jean Grémillon. À partir de mai 1943 et jusqu’en 1945, elle n’a
joué dans aucun film.
Amie de Claude Dauphin du réseau « Carte » du Spécial Opérations Executives (SOE)
d’André Girard, père de Danièle Delorme, il rejoignit Londres fin 1942 avec son frère Jean
Nohain. Quant à Jean-Pierre Aumont, lui aussi rejoint Londres et servit dans les Forces
Françaises Libres (1 er Division des Français Libres (DFL)). Elle écrit p. 90 « Je n’ai su la
Résistance qu’en 1943. ». Quant à la déportation « Je n’ai su Dachau-Ravensbrück-Treblinka
qu’à la Libération », lorsque son amie Rosine Déréan, épouse de Claude Dauphin, déportée en
1943 à Ravensbrück pour son action dans la Résistance revient de déportation en 1945 à
l’hôtel Lutétia.

La Wehrmacht défile dans Pleaux

 

Le 14 juillet 1943, un bataillon de la Wehrmacht revenant d’effectuer des manœuvres
au camp de la Courtine stationne pendant quelques heures à Pleaux. M. Pierre Parra de
passage ce jour dans la ville écrit « Je n’oublierai jamais le harcèlement de leurs bottes sur nos
routes. J’ai gardé sur le cœur et comme un humiliant soufflet sur chaque joue, leur défilé au
pas de l’oie, scandé de chants gutturaux sur notre place de Pleaux » .
Le 29 avril 1944, la 12 e compagnie du IV e bataillon du 95 e régiment de sécurité de la
Wehrmacht, alors implantée en Corrèze, sera transférée à Mauriac où elle arrive le 3 mai. Elle
quitte cette ville le 11 mai 1944 pour rejoindre Saint-Flour en vue de la préparation de l’action
de pacification dans le département du Cantal (opération du Mont Mouchet).
Pendant cette courte période des soldats de la 12 e compagnie du 95 e régiment de
sécurité parcourent les fermes de la région de Pleaux à la recherche de ravitaillement. Le 13
juin 1944, le journal de guerre de l’État-major principal de liaison n° 588 de la Wehrmacht
(général Von Brodowski) stationné à Clermont-Ferrand note que « l’arrondissement de
Mauriac est aux mains des rebelles. Le sud du département est calme. » .

À Pleaux, il n’y avait pas que des fidèles de la Révolution nationale

mais aussi des résistants : les différents mouvements (1942-1944)

 

 

 

Depuis la fin décembre 1942 – début janvier 1943, le mouvement « Franc-Tireur »
avait commencé son implantation dans la région de Pleaux : début février 1943 après la fusion
de trois mouvements « Combat », « Libération », « Franc-tireur » sous la dénomination « Des
Mouvements Unis de la Résistance » (M.U.R.). Le responsable civil de ce mouvement était
l’ancien maire de Pleaux, Joseph Chancel. Quant à son bras armé, l’armée secrète (A.S.), son
chef était Jean Marius Delprat.
Les principaux membres des M.U.R. de la région de Pleaux étaient à cette époque :
Lucien Malarange, Jean Fontrouge, Fernand Fau, Louis Vaur, Emile Juillard, Roger Rivière,
Jean Fontalive, Édouard Lafeuille, Pierre Vaissier, Camille Masse, Albert Savetier.

Les francs-tireurs et partisans français (F.T.P.F.)

Jusqu’en janvier 1944, ils furent très peu nombreux dans le Cantal et ne formaient pas
encore d’unités distinctes ; ils dépendaient d’unités de la Haute Corrèze. Après janvier 1944,
ils formèrent des unités de guérilla avec les espagnols du barrage de l’Aigle et dans le bassin minier.

Le premier parachutage fut effectué fin décembre 1942 sur le terrain « Trammond » du
Puy Quinsac (Saint-Privat) par le service des opérations aériennes et maritimes (S.O.A.M.) du
bureau central des renseignements et d’action (B.C.R.A.) de la France Libre pour le
mouvement « Libération Sud » dont le responsable pour les opérations du S.O.A.M. était Paul
Schmidt (Kim) qui contrôlait pour ce mouvement les opérations aériennes pour les régions 5
et 6 . Une reconnaissance du terrain « Trammond » (Puy Quinsac) pour ce parachutage fut
effectuée par Anne Marie Bauer (Claudine), Geoffroy Dechaume et Joseph Condamine de
Saint-Privat  . Les coordonnées du terrain furent communiquées à Kim venu sur place. Dans la
nuit du 12 au 13 août 1943, ce fut autour de l’organisation de résistance de l’armée (O.R.A.)
du Cantal de réceptionner sur le terrain de la Forestie de Chalvignac à la Font Madame à la
suite du message personnel « Orion favorise le ciel », sept containers parmi ceux-ci l’un
marqué d’une croix contenant des fonds destinés à l’État-major régional de l’O.R.A..

Par la suite les parachutages sur ce terrain vont se succéder :
- en novembre 1943, un avion - message BBC : « la prairie est une dame verte »,
- en décembre 1943, un avion - message BBC : « La sauterelle est un animal nuisible »,
Ce fut tout pour la période clandestine, les envois ultérieurs ayant lieu après le 6 juin 1944 .

 

Le maquis de Pleaux en Mai-Juin 1944

À Pleaux, où il dirigeait les chantiers d’une grande société de force et lumière
électriques « La Forclum », Jean-Robert Chavot (Patrice) 11 comprit bien vite que la région
était propice à l’établissement d’un maquis tant par la proximité au sud des rives escarpées de
la vallée de la Maronne de ses nombreuses et épaisses forêts (Enchanet, Les Estourocs) que
des nombreux patriotes qui y demeuraient. Aussi dès la fin de l’été 1943, Patrice prit contact

avec le commandant André Decelle (Didier) responsable du groupe de résistance du barrage
de l’Aigle et se mit immédiatement à sa disposition.

Mettant à profit sa situation professionnelle qui lui permettait son entreprise, celle-ci
étant « S. Bétrieb » aussi aide-t-il les jeunes réfractaires par le truchement d’emploi de
fausses cartes d’identité ou d’alimentation à se soustraire au travail obligatoire (S.T.O.).

Il trouve également une aide efficace auprès des habitants de la ferme Delpeuch à
Dix-Maisons au sud de Pleaux qui dans leur élan patriotique n’hésitent pas à mettre tout ce
qu’ils pouvaient à sa disposition ainsi qu’auprès des responsables des Mouvements Unis de la
Résistance (M.U.R.) de l’arrondissement de Pleaux (Joseph Chancel, chef civil et son adjoint
Jean-Marie Delprat (Marius), responsable militaire).

Début mai 1944, Jean Chavot reçoit du commandant Decelle l’ordre de préparer un
camp d’accueil et d’instruction pour les futures recrues.
Sur les conseils d’André Tillet, le choix se porte sur le hameau de Longayroux où les
possibilités d’hébergement sont meilleures.
Ce camp était doté à proximité d’un terrain de parachutage, celui du « Serrurier ».

Au petit groupe déjà installé depuis mars 1944 près de la ferme Delpeuch, composé de
Robert Zamet (Bob), Jean Masson (Jean), Marcel Weiss (Marcel), Louis Longobardi (Titin)  ,
Jean Haag (Jim), Abel Aubin (Binbin), Albert Lacassagne viendront bientôt les rejoindre à
Longayroux une dizaine de résistants locaux : Lucien Malarange (Lulu), Jean Fontrouge
(Fonfon), Fernand Fau (Bécu), Louis Vaur (Tino), Emile Juliard (Saco), Roger Rivière, Pierre
Vaissier (Pierrot), Camille Masse (Sétil), Albert Sevetier (Bébert) où vont bientôt se
rassembler au pont de Rodomont tous les volontaires accourus à l’annonce du débarquement.

 

Le 6 juin Raymond Soulas (Bertrand) commandant une compagnie de 50 hommes

recrutée parmi les cadres et les ouvriers du chantier de la Maronne  les rejoint. Le 7 juin, le
capitaine de l’armée de l’air Roger Thollon (Renaud) y arrive aussi après une marche de deux
nuits et un jour à la tête de l’École des Cadres de « Jeunesse et Montagne », renforcé par des
éléments des « apprentis de l’air ».

Le 8 juin, c’est au tour du lieutenant Michel Dutter (Bonneval) avec un groupe de
maquisard du Mont-Dore et de la Bourboule, puis d’autres jeunes de l’arrondissement de
Pleaux : Julien Bossé, Charles Marlot, Marcel Gasparoux, Paul Dugal, Guy de la Farge
(Mousse), Marcel Serre, Maurice Laporte, Pierre Larrive, Jean Nivet, Henri Longour, Jean de
la Farge, Jean Delprat, Joseph et René Folch, Maurice Paquin, Théophile Laval, Raymond
Fontrouge, André Pougeol, Georges Gauffre , Léon Chancel  , René Lavergne, Edouard Lafeuille, etc.

 

Le 15 juin 1944, le maquis de Pleaux ou groupement 21 aux ordres du chef de
bataillon du génie Roger Playe (Eynard) et de son adjoint, le chef de bataillon d’infanterie
Anselme Erulin (Carlhian) est maintenant fort de 300 hommes mais l’armement demeure fort
modeste jusqu’au parachutage du 14 juillet .


À la suite de réunions tenues le 30 mai et le 1 er juin 1944 à Mauriac entre Pyramide, le major Cardozo (Vecteur),
le colonel Schmuckel (martin), le capitaine Thollon (Renaud), il fut décidé d’adresser un câble à Londres. Dans
ce dernier, daté du 16 juin, Courson de la Villeneuve insiste sur la nécessité « d’effectuer des parachutages sur
deux terrains respectivement au sud-est et au sud-ouest de Mauriac. Le maquis faute d’armement renvoie les
volontaires, l’effet moral est désastreux… »

Le hameau de Longayroux, trop dangereusement encaissé, est alors abandonné pour
des petits hameaux autour de Calau mieux aéré  , puis ensuite pour Leconnet.

 

 

Le terrain « Serrurier »

Le voici décrit d’après un document « Prenez la route d’Enchanet (D61) plein sud de
Pleaux. Descendez dans la gorge, passez le pont de Laval et remontez de l’autre côté à peu
près tout ce que vous avez descendu. Au bout de la côte, après les quelques maisons de
l’Herm, arrêtez-vous au milieu d’un essai de ligne droite vous êtes sur un petit plateau bordé à
l’est par une sapinière, à l’ouest par le ravin de l’Incon, au sud par le ruisseau des Choux  .
Ce n’est d’ailleurs un plateau que vu du très haut (de près on s’aperçoit qu’il est tordu,
bosselé, semé de boqueteaux, de fondrières, de marécages… » ).
Lorsqu’il sera homologué à Londres, il recevra le nom de code de « Serrurier » -
Latitude 45°06’30’’nord – Longitude 02°15’09’’ est – 14 km sud sud-ouest de Mauriac – 3 km sud sud-est de Pleaux.

Tous les responsables régionaux des terrains sélectionnés à l’exception de celui de
« Serrurier » avaient accusé réception du message en signalant qu’ils étaient fins prêts. C’est
seulement aux premières heures du 14 juillet que Robert Koenig (Africain) confirma que
« Serrurier » était lui aussi prêt à réceptionner cet important parachutage. Dans l’après-midi
du 13 juillet en Haute-Auvergne dans le flot des messages codés, Frédérik Cardozo , chef de

Le 19 juin, nouveau message à Londres « Demande de faire sur les terrains « Serrurier » et « Tarte » (col de
Néronne une opération de 10 avions chacune. Ce ravitaillement est destiné aux maquis du barrage de l’Aigle
dont l’effectif est maintenant de 4000 hommes au minimum bien encadrés et bien disciplinés. Si nous ne faisons
pas ces opérations, le maquis devra être licencié. ».
Le 21 juin, Pyramide dans un nouveau câble signale « 4000 hommes bien encadrés sont au barrage de l’Aigle.
Ces effectifs ne peuvent que croître, il leur faut des armes. Faute d’opération, le découragement risquerait de
s’emparer des F.F.I. ».
D’après un document daté du 1 er juillet 1944, les effectifs de ces maquis s’élèvent à 1500 hommes.


Le journal de marche de la compagnie Thollon (Renaud) note ce jour-là : « Réunion
des officiers à la Grange du P.C., notre compagnie étant chargée des opérations de réception
et de protection du terrain. Les sections des lieutenants René Doleac et Pierre Jarry sont
chargées de la protection éloignée du terrain aux Estourocs et au pont de Rodemont  . Tout le
personnel de la compagnie sera demain sur le terrain. Les lieutenants Lisbonis (Olivier) et
Michel (Raymond) sont chargés des transports. Une vingtaine de camions réquisitionnés sont
à leur disposition.
Le ramassage par secteur est décidé et un officier de la compagnie placé à la tête de
chaque secteur pour y encadrer les éléments extérieurs venus en renfort … ».
À 19h30, la B.B.C. passe le message tant attendu « Les cannibales bouffent les
esquimaux. ». Le major Cardozo (Vecteur) charge Claude Bouchot (Bernard) de vérifier si
celui-ci est répété à 21h30.
Effectivement à l’heure prévue, dans le flot des messages personnels, ce dernier est à
nouveau diffusé. Bernard en rend compte aussitôt à Vecteur.
Tout le monde à l’hôtel de l’Aigle à Aynes est alors sur les dents, on met fébrilement
la dernière main à l’organisation avec le chef de bataillon Playe (Eynard), responsable de la
protection du terrain « Serrurier » et Claude Bouchot (Bernard), responsable du ramassage des
transports et du stockage.
Le major Cardozo est là très calme, son rôle a été capital dans cette affaire, car c’est à
sa demande pressante et réitérée que Londres s’est enfin décidé à la suite de l’union entre tous

Sans nouvelle de Pyramide depuis le 8 juin, il reprend contact avec ce dernier par l’intermédiaire de Robert
Koening (Africain) le 14 juin 1944.
Le 17 juin, il rend compte à Londres « qu’il a quitté les F.F.I. du Cantal pour s’occuper des F.F.I. de Corrèze qui
sont sans contact avec Londres… ».
Le 20 juin, il fait la connaissance du colonel Fayard (Lenotre) à Neuvic d’Ussel (Corrèze). Parachuté à Port Said
le 5 novembre 1956 avec le 2 e Régiment colonial de parachutistes (officier de liaison britannique auprès des
Forces aéroportées françaises). Chevalier de la Légion d’honneur. Croix de guerre 1939-1945 avec palme, Military Cross.

les F.F.I. d’Auvergne, à comprendre ceux-ci parmi les bénéficiaires de l’opération « Cadillac ».
Maintenant d’après les instructions communiquées par Londres, il faut assurer le
contact radio pendant l’opération. Aussi faut-il chercher un radio expérimenté, Vecteur
propose Africain qui a rejoint récemment la Forestie de Chalvignac, P.C. des F.F.I. d’Auvergne.

L’opération « Cadillac » : 14 juillet 1944
Africain, un virtuose de sa spécialité

Parachutage « Tricolore » lors de l’opération « Cadillac »
sur le terrain « Serrurier » le 14 juillet 1944
(Collection Gilles Lévy)


Robert Koenig (AFRICAIN), Radio du délégué militaire
de la Région 6 et, en juillet 1944, de la mission interalliée
du commandant Cardozo (Vecteur), Opération « Cadillac », 14 juillet 1944 (Collection Gilles Lévy)

Parachuté le 24 février 1944 sur le terrain « Sarrail » près de Monluçon en qualité
d’opérateur radio du délégué militaire de la région 6, Robert Koenig (Africain) s’installe au
début avril dans le Cantal à Neussargues, à l’hôtel Chapat.
Il va assurer avec une très grande régularité et efficacité la liaison journalière avec
Londres, ceci jusqu’au 5 juillet. Ayant quitté le 16 mai l’hôtel à la suite de l’arrestation de son
propriétaire par la Gestapo, pour le domicile d’un mutilé de guerre, boucher en gros à
Neussargues, M. Raymond Boudon.
C’est là que la Gestapo se présente le 8 juillet pour l’arrêter mais Africain a disparu
depuis deux jours. Parfaitement renseigné, les Allemands se rendent alors au dépôt d’armes et
de matériel que l’Africian avait constitué dans la commune de Joursac au-dessous des ruines
du château de Merdogne et l’incendient . Depuis deux jours Robert Koenig a trouvé refuge à
Sainte-Anastasie à 3 km d’Allanche, c’est là que le lieutenant Robert Poirier (Bruno) du
groupement « Allard » stationné à Néronne le découvre, mais son matériel radio ayant été
camouflé à maints endroits, il fallut aller dans la montagne environnante pour le récupérer.
Emmené dans la soirée du 13 juillet à Pleaux, logé au café de la Terrasse chez Jean-
Marie Delprat (Marius), adjoint militaire du responsable cantonal de la Résistance, Joseph Chancel.
Africain va diriger le lendemain matin les vagues de bombardiers de la 3 e Division de
la 8 e Armée de l’Air des États-Unis sur le terrain « Serrurier » et assurer ainsi un contact permanent avec ces derniers.

Forteresse volante Boeing B17

                                                                                                                                                                      Mustang  P51

 

 

 

 

Republic P-47 Thunderbolt 

crédits photos site D day overlord

 

 


En route vers le terrain « Serrurier »

 

Le 14 juillet 1944 à 5 heures du matin, briefing des pilotes, des équipages et des
officiers observateurs français, américains et britanniques.
A 7 heures 29 décollage de 349 bombardiers et des 524 chasseurs d’escorte, des 9
aérodromes londoniens par mauvais temps, altitudes 5000 mètres. Les appareils groupés en
formation serrée au-dessus de l’Angleterre se dirigent vers l’ouest. Après avoir survolé
Reading, ils traversent la côte anglaise à Selsy Bill et atteignent la côte du département et le
paysage difficile.
Les appareils survolent ensuite Nogent-le-Rotrou, de là, ils se dirigent vers un endroit
très repérable, une île de la Loire, puis les environs de Blois où aura lieu le dispatching de
façon à couvrir les sept objectifs prévus.
Environ une heure avant d’atteindre les terrains de largage, les bombardiers
commencent à descendre à 1 000 mètres.

Un spectacle inoubliable

Un peu avant 5 heures du matin tout en place. Robert Koenig s’est installé à la ferme,
Delpeuch à Dix-Maisons, proche du terrain « Serrurier ». 6 heures, comme toutes les heures
justes, Africain prend contact avec Londres qui n’est pas encore tout à fait décidé à envoyer
les appareils. 7 heures, nouveau contact, le S.H.A.E.F. est d’accord pour l’opération.
Pendant ce temps sur « Serrurier » des files de camions arrivent, des fermes voisines,
des chars à bœufs, des charrettes hippomobiles s’ébranlent. Plusieurs centaines de volontaires
pour le ramassage sont là, déjà répartis sur le terrain. Des postes de protection sont installées
par les éléments des unités du chef du bataillon Roger Playe (Eynard) sur toutes les routes
d’accès menant à « Serrurier ».


Le téléphone a été monté sur le terrain, c’est le centre P.T.T. « Lafayette » qui signale
que si le peloton cycliste de la 10 e Compagnie du 95 e Régiment de sécurité de la Wehrmacht
est bien rentré à Aurillac hier soir. Une importante colonne de camions du général Kurt Jesser
venant de Murat vient de s’arrêter à Riom-ès-Montagne . A 8 heures, nouveau contact avec
Londres : « Les appareils sont partis depuis une heure, attention, important parachutage

d’armes et de matériel. ». Robert Koenig communique cette bonne nouvelle aux responsables
des F.F.I. d’Auvergne. C’est une explosion de joie 31 .
 Laissons maintenant la parole à un autre témoin, le commandant André
Decelle (Didier) : « Le temps est magnifique, le soleil est triomphal. Tout à coup on
commence à entendre un bourdonnement, un bruissement d’un gigantesque essaim d’abeilles.
Ce doit être eux. Le bruit s’impose peu à peu, puis domine tout, assourdissant. Ce sont eux, on
les aperçoit maintenant scintillant au soleil en formations serrées. Ils sont plus de cent. On
n’ose y croire, tout cela est au-dessus de nous ? Des escadrilles de forteresses B17 32 et au-
dessus des chasseurs 33 qui tournoient… Pour baliser le terrain on a allumé trois grands feux en
triangle, la fumée monte épaisse et droite. Ils les ont repérés de là-haut . Des lumières vertes,
blanches clignotent en queue de l’avion de tête, celui du leader puis voilà des fusées avec de
longues traînées de fumée.


Et finalement les avions amorcent un immense virage et se dirigent vers la Corrèze,
après avoir franchi les gorges de la Dordogne, mais les revoilà qui ferment la boucle avec
toujours les chasseurs batifolant au-dessus.


Au téléphone le centre « La Fayette »toujours précis, nous signale que la colonne de
camions de la Wehrmacht est toujours arrêtée au même endroit.
Africain est maintenant en contact permanent car il communique avec les avions qui
sont au-dessus de nous par l’intermédiaire de Londres. Contact radio avec le leader. Lettre
d’identification reconnue « OK on largue. Go ».


Ils parachutent par vagues en piquant sur nous. C’est féérique, chaque vague plonge et
se déleste d’une centaine de parachutes multicolores rouges, verts, oranges, blancs. Quel
vacarme assourdissant, on entend aussi les chocs sourds des containers sur le pré, puis les
parachutes s’affalent dessus mollement. Et voici une nouvelle vague et une autre et une
nouvelle encore. Et encore une, six fois de suite. À la dernière, en ce 14 juillet, les parachutes
sont bleus, blancs et rouges. Il y en a 431 jonchant les près.

Mais les forteresses tournent et on les aperçoit là-bas à l’horizon, ce doit être vers
Saint-Privat qu’ils répètent l’opération. Voilà l’explication de la manœuvre de tout à l’heure.
Et maintenant, au-dessus de nous, il n’y a plus que des chasseurs qui font des acrobaties. Et
soudain tac, tac, tac… En guise d’adieu les voilà qui tirent à la mitrailleuse. Puis le silence
retombe. Nous voilà seuls un peu hébétés du travail qui nous reste, 47 tonnes de matériel à
l’œil. Il y a même des Piats, ces tubes lance torpilles…. »  .
Autre témoin. Robert Zamet (Bob) un des premiers à avoir rejoint le maquis de Pleaux
signale « qu’une forteresse volante B17 se détache de la dernière vague pour larguer un
drapeau tricolore, malheureusement celui-ci se prit dans son empennage. Le pilote les a alors
salués de ses ailes ainsi drapées dans l’emblème tricolore… ».
Quant à Henry Ingrand (Rouvres), commissaire de la République pour la région
Auvergne et chef des M.U.R. de la R6, il le relate en ses termes  : « Voici les bombardiers,
c’est impressionnant. Ils passent d’abord assez haut en formation de vol. Nous comptons deux
formations, les chasseurs virevoltent comme des chiens de berger autour d’un troupeau. Le
bruit est considérable. La formation se divise en deux : 36 appareils parachutent sur notre
terrain et les autres sur un terrain situé en Corrèze à environ 10 km de nous à vol d’oiseau 39 .
Les voici aile dans aile quelques centaines de mètres d’altitude. Six bombardiers passent
trappes ouvertes et c’est la floraison de parachutes multicolores à raison de 12 appareils, cela
fait près de 72 par vague et celles-ci se suivent sans interruption.
Au-dessus de nous les équipages nous font des signes par les trappes. Autour de nous,
il pleut ferme et dru des ballots et des containers qu’il vaut mieux éviter de recevoir sur la
tête. C’est tout simplement formidable ! Le bruit décroît puis disparaît, le sol couvert de
corolles claires. Quelques-unes pendent aux arbres ou sont accrochées aux poteaux
télégraphiques…. ».

Le ramassage des containers

Vite à l’ouvrage, la plupart des containers sont tombés en bordure ouest du terrain
dans les fourrés et dans le ravin qui borde l’Incon. Le terrain « Serrurier » étant traversé par la

D61 qui va de Pleaux à Enchanet, le principal est de tout porter à cette route où les camions
chargeront le matériel. Les recherches commencent aussitôt, les hommes s’affairent. On
commence par les parachutes, puis les containers terriblement pesants, soit à bras, soit avec
des chars à bœufs .
A 11 heures, départ du premier convoi destiné au groupement Allard (Auguste Merlat)
à Néronne . Vers midi, départ du deuxième convoi qui doit évacuer au nord du barrage de
l’Aigle les containers restants où ils seront stockés. Enfin un troisième est organisé, il partira à
1 heure du matin pour la même destination, il emportera tous les containers restants.
L’évacuation de « Serrurier » par les éléments civils, puis le personnel du groupement
Thollon se fera progressivement de 1 h 30 à 4 heures.

Bourgès Maunoury (Polygone), délégué militaire zone sud ; Marcel Dégliame
(Fouché), délégué zone sud du comité d’action militaire du comité national de la Résistance
(C.O.M.A.C.) ; Henry Ingrand, commissaire de la République et chef des M.U.R. de R6 ; les
colonels Émile Coulaudon (Gaspard), chef des F.F.I. d’Auvergne ; Roger Fayard (Mortier),
chef d’État-major des F.F.I de la R6 ; Robert Huguet (Prince) et Raoul Sauer (La Meuse) ; les
commandants Frédérik Cardozo (Vecteur), Jean Mazuel (Judex), André Decelle (Didier),
Antoine Llorca (Laurent), Raymond Labaune (Irma), les capitaines Edmond Leclanché
(Tonio), Charly Darson, etc., présents ce 14 juillet 1944 à l’Herm n’ont pas oublié ce
fantastique spectacle qui restera marqué leur vie durant par ce souvenir inoubliable. C’est
aussi dans un enthousiasme général que l’armement est distribué. Ce parachutage va enfin
permettre d’armer et d’équiper ces unités F.F.I. qui se sont rassemblées depuis le 6 juin dans
la région de Pleaux et du col de Néronne.

« Cadillac » vu par l’ennemi

Mais pour l’ennemi cet important parachutage ne pouvait passer inaperçu. En Haute-
Auvergne, il fut signalé dès le lendemain par le service des renseignements généraux
d’Aurillac au préfet du cantal mais certainement aussi à l’État-major principal de liaison 588
de Clermont-Ferrand par la colonne motorisée du général Kurt Jesser arrêté à Riom-ès-
Montagne, les soldats de la Wehrmacht serrés dans les fossés dans l’éventualité d’une attaque aérienne.
Le général von Brodowski qui commandait cet État-major note dans son journal de
marche à la date du 16 juillet : « Le 14 juillet près de Pleaux, parachutages d’armes et de
munitions par bombardiers américains. Les terroristes ont lancé des fusées signaux, volume
du parachutage estimé à 30 à 50 tonnes. Il faut s’attendre à ce que parmi les armes et
munitions, il y avait des pièces d’artillerie légère. En ce cas, le parachutage d’équipes de
sabotage paraît vraisemblable. Des parachutistes auraient été aperçus… ».
De son côté, le préfet de la Corrèze Pierre Trouillé note dans son journal à la date du
15 juillet 1944 : « Dans la matinée d’hier, nous avons entendu passer une forte escadrille…
J’apprends par le lieutenant Bonnet que les mêmes avions ont parachuté dans le département
200 tonnes d’armes. Mons, jeune rédacteur de mon cabinet habitant Sainte-Fortunade, me dit,
d’autre part, avoir vu passer dans sa commune des camions montés par des équipes de
maquisards partant au parachutage sous la conduite d’officiers en uniforme et képi. Il paraît
que le département était sillonné de troupes F.F.I.. Aucun allemand n’a montré le nez… ».
L’absence de toute réaction allemande à ce massif parachutage montre à quel point
l’occupant était affaibli à cette époque et effrayé par l’ampleur des actions des F.F.I. des Régions 5 et 6.
Le général von Brodowski précisait d’ailleurs dans son journal qu’il se « préparait une
situation identique à celle du début 1944 » qui avait vu la région de Clermont-Ferrand –
Limoges après combat entièrement aux mains des terroristes. Dans cette région, la circulation
sur voies ferrées avait été totalement interrompue et la difficulté avait été très grande de faire circuler les troupes…. »  .

Première page du rapport du général William Donovan sur l’opération« Cadillac »,

terrain « Serrurier » du 14 juillet 1944 (Collection Gilles Lévy)

L’opération « Cadillac » fut un réel succès sur les 349 bombardiers escortés de 524
chasseurs P51 et P47 qui y participèrent, 320 atteignirent leurs objectifs, 3971 containers soit
417 tonnes d’armement et de matériel furent ainsi largués ce jour-là sur les sept objectifs
désignés par le haut commandement des Forces expéditionnaires alliées en Europe. Les autres
29 étaient des appareils de réserve , seuls 2 appareils ne sont pas rentrés à leur base mais ont
atterri dans la zone des plages du débarquement et des deux équipages, un seul était blessé.
Quant aux défaillances, elles furent principalement dues à des incidents mécaniques et à des
parachutes défectueux.

***

Ainsi grâce au parachutage « tricolore » l’armement des F.F.I. de la Région 6 fut
achevé, il permit également de les maintenir dans une position aussi forte que possible, ceci
afin de leur permettre d’appuyer efficacement en août 1944, le futur débarquement dans le sud de la France.
Aussi le général Colin Gubbins, chef du Special Operations Executive (S.O.E.)  , dans
une allocution prononcée à Brive le 6 juin 1948, pouvait affirmer avec une certaine fierté
« qu’il avait été largué ce jour-là (14 juillet 1944) le plus important parachutage de la zone
s’étendant de la Norvège à l’Indochine et à la Birmanie ».

Stèle commémorant le parachutage de jour du 14-07-1944 sur le terrain « Serrurier » de

l’opération « Cadillac »

Pleaux, ses martyrs, ses déportés

C’est dans la matinée du 7 juin 1944 que fut abattu avec 18 de ses camarades, comme
lui gardes voies à Tulle (Corrèze), par une unité de la Wehrmacht Rivière Benoit Joseph né le
20 mars 1899 à Granoux, fils d’Antoine, charron, et de Martinigol Marie, sans profession,
ouvrier à la manufacture d’armes de cette ville et garde voies 48 .

Le 15 juin 1944 c’est au tour de Gauffre Jean Raymond Georges, fils de Joseph et de
Garrouste Marguerite, domiciliés à Pleaux, né le 23 mai 1922 à Landos (Haute-Loire),
conducteur de véhicule d’être abattu par le S.D. de Clermont-Ferrand avec deux camarades du
maquis de Pleaux, Martial Courtat et Jacques Sauvagnat.
Ils sont arrêtés sur une route près de Bort-les-Orgues par une unité de chasseurs
parachutistes de la Wehrmacht le 13 juin 1944 qui revenait de Marège alors qu’ils
accomplissaient une mission au Mont-Dore sur ordre du commandant Eynard, responsable du
maquis de Pleaux. Transférés par cette unité le 14 juin 1944 à la prison militaire allemande du
92 e R.I. à Clermont-Ferrand, dépouillés de leurs effets personnels (montres, ceintures, bagues,
argent). Ils se trouvaient désormais entre les mains de Robert Roth du S.D. de Vichy en poste
à Clermont-Ferrand. Le 15 juin 1944, au petit matin, sortis de leur cellule, ils sont embarqués
dans un camion avec d’autres détenus, qui prit la direction d’Aulnat Lempdes Pérignat-sur-
Allier. C’est à l’orée du bois de Lachat, à quelques distances du village de Pérignat-sur-Allier
qu’ils reçurent l’ordre de descendre du véhicule, de s’allonger sur le sol puis ils furent
mitraillés par les soldats qui les escortaient. Bilan : 9 morts et un survivant que prit en charge
un paysan qui chargeait du foin non loin de là 49 .

Deux pleaudiens furent déportés en Allemagne pour faits de résistance

Le colonel de gendarmerie Puyaubert François Louis

Fils de Jean et de Mounier Marie, né le 4 juillet 1919 à Pleaux. Décédé le 22
novembre 1996 à Figeac (LM). Membre du sous-réseau « Les druides » du réseau
« Alliance » de Marie-Madeleine Fourcade (Marie-Madeleine). Voici un extrait du texte de sa
citation à l’ordre du corps d’armée : « Agent de renseignements en territoire ennemi, a fourni
régulièrement pendant onze mois un courrier important et d’un intérêt tout particulier. A
participé au passage de nombreux aviateurs alliés en Espagne – missions dont certaines furent
toujours couronnées de succès. Arrêté le 12 novembre 1943 au cours d’une liaison,
terriblement torturé, sut garder le silence évitant ainsi la capture du son chef de secteur ».
Déporté « Nacht und Nebel » au camp de concentration de Buchenwald par le transport I 169,
parti de Compiègne le 14 décembre 1943, arrivé au camp le 16 décembre 1943. Affecté au
block « 34 », M le 38259. Libéré le 11 avril 1945 par les Américains. Officier de la Légion

d’honneur. Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de Vermeil. Croix du combattant 1939- 1945.

Croix du combattant volontaire de la Résistance. Médaille de la déportation et de l’internement .

Louis Puyaubert
avant son arrestation
le 12 novembre 1943
à Narbonne par le S.D.
de Carcassonne
(Collection fonds famille Puyaubert)

Dauquier Louis Henri

Lieutenant commandant la section de gendarmerie de Gourdon (Lot), membre de l’organisation de résistance de l’armée (ORA).
Durant l’Occupation, le lieutenant Dauquier a des contacts avec le capitaine Charles
Wurstenseir du groupe Franc Pommiès de l’organisation de la résistance de l’armée (O.R.A.).
En août 1944, la milice de Gourdon (L.M.) exigea de lui un camion de la gendarmerie
pour déménager les archives et les bagages de leurs familles partant en Allemagne. Le
lieutenant Dauquier refusa de céder à son injonction. Le chef de la milice en rendit compte
aux autorités allemandes qui décédèrent de l’arrêter et le transféra à la prison Saint Michel de
Toulouse. Le préfet du Lot tenta en vain d’obtenir sa libération. Transféré de Toulouse au
camp de transit de Compiègne, le lieutenant Dauquier fit partie du transport I 214. Départ de
Compiègne pour l’Allemagne le 2 juillet 1944 (train de la mort). Arrivé le 5 juillet 1944 au
KL de Dachau matricule 76707. Affecté au commando de travail Nectargerach (mines du Nexkar)

– décédé au camp de Dachau le 25 octobre 1944 .

Dauquier Louis Henri, lieutenant commandant la section de gendarmerie de Gourdon

(Archives privées Yves Dauquier)

Arrêté du 26 juin 2004 portant apposition de la mention « Morts en déportation » sur les
actes et jugements déclaratifs de décès – ministère de la Défense, anciens combattants

Journal Liberté du mercredi 30 mars 1946
(Archives privées Yves Dauquier)

Je ne voudrais pas terminer l’évocation de la résistance pleaudienne sans signaler
l’action durant cette période de deux autres pleaudiens.

Tout d’abord, Antoine Malarange (Léglise) né le 16 avril 1903 à Pleaux, receveur
des postes à La Chapelle Laurent (Cantal). Membre des Mouvements Unis de la Résistance
(M.U.R.), il avait installé clandestinement une ligne téléphonique entre Brioude (Gilbert),
Massiac (Espinchal) et la Chapelle-Laurent (Léglise). Le 29 avril 1944, un détachement de la
milice aux ordres de son chef régional Jean Achon, effectue dans le nord du Cantal « une
opération de police à la Chapelle-Laurent et ses environs, les miliciens cernent le bureau de
poste, l’occupent après avoir maîtrisé le receveur. De son appartement, son épouse Germaine,
elle-même résistante réussit à prévenir des résistants locaux. Elle avait déposé le 11 novembre
1943 que le monument aux morts de la Chapelle-Laurent des drapeaux français qu’elle avait
elle-même confectionnés.

Le second Léon Chancel  né le 25 septembre 1926 à Pleaux. Décédé le 11 février
2012 à Pleaux. Résistant, il s’engage dans la 239° Compagnie F.T.P.P. du lieutenant
Francisco Molinari (Francis). Cette unité est implantée tout d’abord à Darazac (Corrèze) puis
à la fin juin 1944 à Hautefage (Corrèze). Il participe, avec elle, aux combats de Tulle puis il
regagne au début de juillet 1944 les Forces françaises de l’Intérieur du Cantal.

Appel du maréchal Pétain, chef de l’État au peuple français, le 7 juin 1944

(Collection Gilles Lévy)

Message du maréchal Pétain aux Légionnaires le 14 juin 1944 (Collection Gilles Lévy)

Après la Libération totale, en septembre 1944, de l’Allier

 

 

En conclusion de cette étude, je tiens à rendre un vibrant et émouvant hommage, tout
d’abord, aux 13 pleaudiens qui sont morts pour la France en 1939-1945 :

Bonhoure Ferdinand
Brun Pierre
Dauquier Henri
Duchêne Jean
Gauffre Georges
Lafeuille Jean
Longour François
Paillargue Jean
Picard Jean
Rigaudière Joseph
Rivière Benoît
Sabot Adolphe
Sense Antoine

 

Puis à la grande majorité de la population pleaudienne à peu près tous de familles
modestes pour son attachement à la République, son grand et fervent patriotisme et son active
et efficace opposition à « La Révolution nationale » de l’État français. Quant à la petite
minorité de la bourgeoisie pleaudienne elle servit avec dévouement, zèle, enthousiasme et
ardeur pendant quatre ans le maréchal Pétain et la cause de la Révolution nationale, elle
restera cependant toujours hostile à l’occupation nazie.

La population de Pleaux qui avait magnifiquement pavoisé le village réussit à faire
stopper la voiture présidentielle, le général de Gaulle salua les anciens combattants.
Le général de Gaulle le 1 er juillet 1945 dans Pleaux (archives Gilles Lévy)

 

 

Recherches issues du numéro 2 des Carnets d'Aurélie.